London, Joliette… et la vraie vie!
Sur la route, parcourant le Québec et même l’Ontario semaines après semaine, je réalise parfois à peine toute la chance que j’ai. Je dors mal, je dois booker mon horaire d’une façon très serrée et faire quelques sacrifices, mais je réalise un trip de baseball que très peu d’arbitres ou même très peu d’individus ont la chance de réaliser dans une vie. Je ne fais pas une cenne avec ça, tellement que je dois souvent fouiller dans ma poche car les per diem que je reçois ne couvrent pas les longues soirées dans les bars qui avoisinent les hôtels, mais bon… c’est tout de même une vie de rêve!
Ça m’a pris beaucoup de temps avant d’écrire ce blog, je sais… mais je ne m’en excuse pas. Contrairement à mes autres publications, il est beaucoup moins factuel, beaucoup plus émotif. Lors de mes courts passages à la maison, je sacre contre mon gazon qui pousse trop vite, contre la poussière qui ne prend pas de repos pendant mon absence et aussi contre ma pile de lavage que je dois sortir de ma valise en bordel à chaque fois. Cependant, quand je retourne voir les photos prises lors des championnats, je me rends compte que le ménage, le gazon et le lavage, pour l’espace d’un mois, ce n’est pas la vraie vie. La vraie vie, pour l’instant, elle se situe dans un parc de baseball.
Un samedi soir pluvieux, dans un hôtel de London, en Ontario, alors que presque personne n’est supposé parler français, mais lorsque ta strappe de housse te lâche dans l’escalier principal de l’hôtel et qu’un gros « Hostie de calisse de tabarnak de cochonnerie sale » raisonne partout dans le lobby et qu’au même moment il doit y avoir 10 Québécois rassemblés, ça fait de l’anecdote solide. Toutefois, ce qui est encore plus solide, c’est lorsque par un dimanche matin chaud et humide, tu es au marbre pour un match très important entre deux équipes étant à environ 2000 km l’une de l’autre, avec une recommandation pour un championnat junior en poche et que les superviseurs et tes collègues te disent : « Vas-y JF, on a confiance! », c’est très stimulant!, surtout quand plusieurs d’entre eux viennent directement des rangs professionnels!
Je me rappelle encore de mon premier match au marbre, l’équivalent d’un moustique, mais Petites Ligues, quelque part en juin au parc Chaput de Laplaine. Je trouvais dont que tout allait vite… et je n’osais pas expulser l’hostie d’imbécile de coach de Laplaine qui gueulait à chaque 4 lancers, de peur de me faire dire par mon booker que je créais des problèmes. Je me rappelle également que j’avais remis la balle en jeu trop vite et qu’il avait fallu renverser une décision à cause de ça… C’était en 1998, j’avais 14 ans… étais un joueur aguerri de Triple Play ’99 au tout nouveau PS1 et je me trouvais cool car à 10h le soir je me promenais encore en bicycle dans les rues non-éclairées du domaine CLC à Saint-Lin. Des fois… on prenait même une crème glacée avec la gang de filles! Trop gêné, j’osais à peine parler. C’était le bon temps…
Nous sommes en 2010, j’ai (malheureusement déjà) 27 ans, une maison, l’hypothèque qui va avec, un spa très confortable, une job assurée jusqu’à la fin de mes jours et une auto que je viens tout juste de finir de payer. Pourtant, j’ai encore la même passion et le même plaisir qu’à 14 ans quand j’embarque sur un terrain. J’ai encore la même crisse de manie de vouloir « virer le parc à l’envers » à chaque jeu serré. J’ai aussi toujours la même crainte de rater une décision serrée qui pourrait changer l’issus d’un match… je suis encore le même ti-gars que j’étais.
Pourtant, si quelqu’un m’avait demandé, en 1998, ou même dans les années qui ont suivi, si jamais un jour j’aspirais à faire de tels championnats, j’aurais dit non. Pour moi le baseball se limitait au parc Villeneuve de Laplaine… et lorsqu’on m’a demandé d’aller dépanner pour un match à Mascouche… je me trouvais dont ben chanceux de « voyager » pour arbitrer! Je pensais jamais, mais vraiment jamais, me retrouver, il y a environ 10 jours, pour une troisième année consécutive, sélectionné pour arbitrer la finale d’un championnat canadien… à la Tivi en plus!
Lorsqu’un match d’une telle envergure débute, plus rien n’existe. Mon travail n’existe plus, mes problèmes non plus, ni même les yeux de ma ravissante texteuse compulsive… le focus est sur la mission que je dois remplir. Je dois par contre avouer… qu’être au marbre du plus vieux terrain au monde, contempler le centre-ville de London qui trône sur le champ centre… ça vaut la peine de s’arrêter entre deux manches, mais ensuite… retour au focus! Même ma nervosité légendaire n’existe plus!
Pour une finale, il y a deux façons d’aborder le match. D’une part, il s’agit évidemment d’un match comme les autres. Les règles sont les mêmes, les joueurs également. Toutefois, lorsqu’on regarde tout ça dans son ensemble, l’enjeu est grand. Des gens de partout au Canada sont réunis, tous veulent gagner, encore plus qu’à l’habitude! Sur 15 arbitres, seulement 4 ont l’honneur d’être en fonction pour le clou du championnat… et j’y étais… 3 années consécutives! Moi qui n’a jamais eu vraiment de plan de carrière, ni d’ambition face au baseball… sauf celle d’avoir du plaisir, c’est quand même un bon palmarès!
La semaine suivante, en étant superviseur à Joliette au atome et moustique B, on m’a évidemment beaucoup parlé de London… on m’a posé beaucoup de questions. J’ai quand même bien performé, je reviens avec plein d’anecdote et compte tenu de mes performances là-bas, j’ai vraiment l’air bon! Je reconnais, sans fausse modestie, avoir un certain talent, mais ce qui fait la différence, c’est tout le travail que j’ai fait. Je n’ai pas brûlé les étapes. À 17 ans, sauf peut-être Pierre-Paul Provost, personne ne disait de moi qu’un jour j’étais pour être le king pin inconditionnel de l’arbitrage; il a fallu que je travaille fort, fort en sacrament!
Des games de moustique, j’en ai fait en masse et j’ai jamais chialé parce que je me considérais trop fort. J’y allais… et j’ose même dire que j’en apprenais beaucoup. Quand j’ai commencé à faire du bantam et du midget sur une base régulière, j’étais prêt! Quand je suis arrivé dans le programme d’Excellence, il a fallu que je m’adapte, c’est évident, mais j’avais vu assez de baseball dans ma vie pour connaitre assez bien la game! Alors, quand, du haut de mes 4 championnats canadiens et de mon titre de représentant régional je vois des ti-culs de 15-16 ans vouloir bruler les étapes, se prendre pour le prochain Dutch Rennert… ben ça me met en sacrament! Par contre, au contraire quand j’en vois travailler très fort, avoir une bonne éthique de travail, persévérer malgré les difficultés, rebondir après un match difficile, je me reconnais et ça vient me chercher!
Des fois, j’aurais envie de mettre la haute performance de côté, l’espace de quelques jours… ou semaines et retourner faire du moustique A… suivi d’un bantam A… juste pour m’amuser. Me connaissant, un coach me sortirait une réplique de pas fin et j’embarquerais en le vissant dans le plancher, mais quand même, juste pour le fun, j’aimerais ça! Juste pour le fun d’être sur un terrain, sans pression… et de regarder les kids s’amuser…
Pour l’instant toutefois, pas le temps d’y penser trop longtemps, j’ai des supervisions à finir, un championnat qui débute dans 3 jours à préparer et une brassée qui est prête à mettre à la sécheuse! Ça l’air que la vraie vie existe encore…

1 commentaires:
Solde texte JF. J'aime bien le côte émotif. Sérieux, ce texte devrait être lu par tout arbitre qui aspire à monter, ça mets bien des choses en perspectives et ça applique le don de soi et le sens du mot sacrifice. Je partage ton opinion sur plusieurs points. En fait, pas mal tous! Good job à London, way to represent le Québec!
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