La demie-finale: la décision de ma carrière!
Nous voilà rendu au dimanche matin. Après un réveil vers 9h00 suivi d’un petit déjeuner, voici le temps de quitter l’hôtel en direction du parc. Comme je suis l’un des 3 chanceux qui n’ont pas eu à se lever très tôt, je n’avais pas de transport pour me rendre au terrain. Il a donc fallu que je me rendre au parc avec l’autobus transportant l’équipe du Québec. Si le transport a été tranquille, l’attente à l’hôtel à l’intérieur de l’autobus fut plutôt particulière. En effet, un couple de tourtereaux était en plus ébats, les rideaux grands ouverts à la vue du public. Nous nous posons toujours la question sur le sexe du deuxième partenaire, mais bon, ça n’a rien à voir au baseball…
Une fois rendu au parc, je m’habille très rapidement car j’ai peur qu’il n’y ai pas beaucoup d’espace dans le vestiaire. Après de longues minutes d’attente, nous y voilà : en route vers le terrain pour la demi-finale…
Dès les débuts de la rencontre, j’ai des décisions à rendre de mon poste au 1er but pour ce match opposant l’équipe de l’Ontario à l’équipe hôtesse, Vaughan. Tout va donc pour le mieux, des réactions partisanes dans les gradins, beaucoup d’ambiance… d’autant plus que le match est serré.
En 5e manche toutefois, les choses dégénères… Un simple est frappé par le frappeur de Vaughan, qui contourne le premier but. La défensive ontarienne essaie alors de le couper car il a peut-être un peu trop contourné… La balle arrive avant le coureur, mais il n’y a pas de « tag » de la part du joueur défensif, j’appelle donc le coureur sauf. Après une discussion avec l’assistant entraîneur, l’entraîneur adverse argumente brièvement comme quoi les discussions prennent trop de temps et qu’il mériterait une expulsion… La soupe est prête…
L’action peut reprendre et elle reprend rapidement. Dès la première pause du lanceur, une prise à contre-pied a surpris le coureur de Vaughan. Je le déclare donc retiré, déclanchant ainsi de vives réactions dans la foule… L’entraîneur au premier but, qui ressemble davantage à un gentil bénévole local qu’à un entraîneur de niveau national insiste sur le fait que je suis intimidé par l’entraîneur de l’Ontario, ce à quoi je réplique en des termes peu recommandables qu’il dit des niaiseries.
Je me fais oublier pour 2 manches, mais c’est à la toute fin de la rencontre, alors que le score des de 5-4 en faveur de l’Ontario en début de 7e manche avec 2 retraits. Une balle est frappée sur la ligne, mais dévie légèrement vers le territoire des fausses balles. Immédiatement, je déclare la balle fausse en y allant de façon très convaincante. La foule est en feu, les huées fusent de partout, le feu est pris dans la ville, d’autant plus que le lancer suivant fut une 3e prise sur décision et mis fin au match…
Nous sortons donc immédiatement du terrain. Alors que nous nous dirigions vers le vestiaire, des spectateurs partent en notre direction et gueulent. Je n’ose pas me retourner, préférant garder mon calme et être plutôt dans le rôle du gars qui veut éviter la chicane. Si jamais un gentil spectateur s’en était pris physiquement à moi, il est évident que j’aurais réagi, mais comme il s’agissait plutôt de me dire à quel point j’étais mauvais, j’ai préféré ne pas réagir, contrairement à mes 2 confrères qui gueulaient à l’aide pour avoir l’aide de la sécurité. Quelques secondes plus tard, nous étions enfin rendu dans le vestiaire, j’ai alors troqué mon ère stoïque pour un grand sourire et je n’ai pas pu m’empêcher de partir à rire… La situation était tout simplement sensationnelle…C’est ce qu’on appelle virer le parc à l’envers.
À la base, les autres arbitres pensaient que j’étais « shaké » en sortant du terrain, alors qu’au contraire, j’attendais le moment où je pourrais enfin profiter de la situation intense que je venais de vivre…
Jamais une balle fausse balle que j’ai appelée n’aura créée une réaction aussi intense, mais bon, je suis fier de ma décision et de la façon « P3-esque » comme je l’ai appelé. D’ailleurs, les jeunes arbitres de Vaughan travaillant comme bénévole lors du tournoi sont pour la plupart venus me voir pour me féliciter de ma décision et de la façon dont je l’ai rendu, et ce, même si des amis et membres de leurs familles jouaient pour l’équipe hôtesse… Bref, tout allait pour le mieux!
JF

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